Depuis 2 ans, dans le cadre de coachings en entreprise, j'accompagne de jeunes professionnels dans leur premier ou deuxième job. Et je constate souvent un décalage entre ce qu'ils attendent de leur employeur et ce qu'on leur propose. Décryptage d'une génération qui bouscule les codes.
Ce que j'observe en coaching professionnel
Quand je rencontre des professionnels de la génération Z (nés entre 1997 et 2010), ils arrivent souvent avec les mêmes constats : "Je ne comprends pas pourquoi on doit revenir au bureau trois jours par semaine", "J'ai l'impression que mon travail ne sert à rien", "Je m'ennuie déjà et ça fait seulement 6 mois que je suis là".
On pourrait penser que c'est de l'impatience ou de l'idéalisme de jeunesse qui se heurte à la réalité du monde du travail. Mais en creusant, on peut voir quelque chose de plus profond : cette génération ne refuse pas le travail. Elle refuse un certain rapport au travail.
Pour eux, le travail n'est pas/plus une fin en soi. C'est une composante d'une vie épanouie, au même titre que leurs relations, leur santé mentale, leurs engagements personnels, leur équilibre.
L'équilibre vie pro/vie perso : un droit
Première observation : pour la génération Z, la flexibilité n'est pas vraiment, ou longtemps, négociable.
Les chiffres sont éloquents : 87% changeraient d'emploi si on leur imposait le présentiel à temps plein (selon l'enquête 2023 de Deloitte sur les Gen Z). Le télétravail est devenu un "droit acquis", pas un avantage à négocier.
Pourtant, selon la même étude, seulement 21% se disent très satisfaits de leur équilibre actuel. Ce n'est pas parce qu'ils ont droit au télétravail que le problème est résolu. Ils doivent aussi sentir le respect de leur temps, de leur rythme, de leur vie en dehors du bureau.
Quand un manager leur dit "on se voit au bureau demain matin" alors que ce jour-là ils sont habituellement en télétravail, ils ont du mal à l'accepter. C'est un message implicite : "ton temps ne compte pas autant que ma préférence pour le présentiel". Ce qui ne veut pas dire qu'ils refusent de venir au bureau. Mais ils veulent comprendre pourquoi. "Pour la cohésion d'équipe" ne suffit pas si cette cohésion pourrait se construire autrement, ou des jours déterminés. "Parce que c'est comme ça qu'on a toujours fait" est un argument qui ne passe pas vraiment !
Le sens : ce n'est pas des valeurs sur un site internet
Deuxième constat majeur : le travail doit être aligné avec leurs convictions. L'ambiance, les valeurs de l'entreprise comptent autant que le salaire, pour certains, même plus.
Je vois régulièrement des jeunes professionnels quitter un poste assez bien payé parce qu'ils ne supportent plus le décalage entre ce que l'entreprise affiche (sur son site, dans ses communications) et ce qu'elle fait réellement. Cette incohérence leur est insupportable.
Ils veulent comprendre à quoi sert leur travail. Comment ce reporting qu'on leur demande de faire va être utilisé ? En quoi ce projet contribue-t-il à quelque chose ? Quel impact réel a leur métier sur le monde ?
Et quand ils ne trouvent pas ces réponses, ils s'éteignent. C'est un refus de s'anesthésier dans des tâches vides de sens, même bien rémunérées.
Ils ont parfois vu leurs parents / grands parents en burnout, ou perdre leur moral une fois à la pension. Selon les études récentes, la perte de sens est donc souvent la situation qu'ils redoutent le plus dans leur vie professionnelle.
La reconnaissance : fréquente, claire, immédiate
Troisième observation : ils attendent des feedbacks fréquents, des objectifs clairs, une visibilité immédiate sur l'impact de leur travail.
Un manager qui les laisse avancer sans guidelines, sans critères strictes pour analyser leur travail ce n'est pas leur idéal.
Ce besoin est souvent interprété comme de l'impatience ou un besoin constant de validation. Mais c'est souvent un besoin de clarté. Ils veulent savoir s'ils font bien leur travail, pas attendre 6 mois pour l'entretien annuel où on leur dira peut-être qu'ils auraient dû faire différemment.
Ils ont grandi dans un monde où le feedback est instantané : like, commentaire, partage, statistiques. Cette attente de reconnaissance fréquente est une façon d'apprendre, itérer, et de progresser.
Les nouveaux rapports au management
Ce qui m'a le plus frappée dans mes accompagnements, c'est leur rapport au management. Ils ne rejettent pas l'autorité en soi. Ils rejettent une autorité qui ne serait que statutaire, pas "méritée".
Selon une étude de 2024 publiée par Robert Walters, 52% des jeunes de la génération Z ne souhaitent plus être promus au poste de manager. Ils recherchent des organisations plus simples, plus transversales, plus horizontales, plus de compétence concrète au quotidien.
Plus de neuf jeunes sur dix attendent de leurs managers qu'ils leur fassent confiance et leur donnent de l'autonomie, ou bien qu'ils les protègent et défendent leur équipe. Qu'ils veillent, plutôt que surveillent.
Ils préfèrent un leadership qui inspire, qui les fait grandir, à un management qui gère et qui les maintient dans leur case.
Le paradoxe de la sécurité
Quatrième constat, apparemment contradictoire avec tout ce qui précède : la stabilité reste une priorité absolue dans un contexte économique incertain.
Ils veulent du sens, de la flexibilité, de l'autonomie... mais aussi de la sécurité financière. Dans un monde où l'emploi à vie n'existe plus, où les compétences deviennent obsolètes rapidement, où la précarité guette, ils recherchent une sécurité différente : celle de l'employabilité. Ils veulent acquérir des compétences et se développer personnellement pour rester adaptables et employables. C'est souvent leur premier objectif de carrière.
Les coachés qui viennent me voir quittent leur poste quand ils ont l'impression de ne plus apprendre. Même si le salaire est bon. Même si l'entreprise est prestigieuse. Parce que rester dans un poste qui ne les fait plus grandir, c'est prendre un risque à moyen terme.
Les signaux d'alerte qu'on ne peut plus ignorer
Derrière ces nouvelles attentes se cachent des chiffres alarmants.
- 83% des jeunes travailleurs de la génération Z souffrent d'un niveau élevé de stress lié au travail (Selon le département d’État américain au Travail)
- 54% disent que le burn-out impacte significativement leur vie personnelle
- 40% des moins de 29 ans déclarent vivre une solitude sociale au travail. (selon le 15e baromètre “État de santé psychologique des salariés français” publié en novembre 2025 par Empreinte Humaine et Ipsos BVA)
Ces statistiques révèlent un décalage massif entre ce que cette génération (qui a grandi dans un autre contexte que ses grandes sœurs) attend du travail et ce qu'on lui propose.
Résultat ? Ils n'hésitent pas à partir. 40% envisagent le freelancing ou l'entrepreneuriat dans les cinq ans (enquête LinkedIn France, 2025) et les "slashers" (cumul d'activités) deviennent la norme.
Ce que ça change concrètement
Dans mes accompagnements, je travaille souvent sur cette tension : comment communiquer ses besoins sans passer pour quelqu'un de difficile ? Comment défendre son équilibre sans compromettre sa carrière ? Comment trouver du sens dans un poste qui n'en a pas (encore) ?
Et au niveau organisationnel, je constate aussi que les organisations qui comprennent ces nouvelles attentes ont un avantage compétitif énorme.
Celles qui :
- Soutiennent activement le bien-être mental avec une vraie écoute et réflexion sur les attentes de cette génération
- Offrent des alternatives concrètes : semaine de quatre jours, horaires flexibles, télétravail assumé
- Garantissent que les aménagements n'impactent pas les perspectives de carrière
- Créent un climat de sécurité psychologique où on peut dire "je ne comprends pas" ou "je ne suis pas d'accord" sans risquer sa place
Ces organisations retiennent leurs jeunes talents.
Une génération qui réinvente, pas qui refuse
Ce qui me frappe le plus dans ces accompagnements, c'est que (contrairement à ce qu'on lit/dit parfois) cette génération ne rejette pas le travail en soi. Elle rejette un modèle de travail construit sur des postulats qui ne sont pas les leurs.
- Le postulat que la présence physique ou les heures de travail équivalent à l'engagement.
- Le postulat que l'autorité vient du titre, pas de la compétence.
- Le postulat que la loyauté envers l'entreprise doit être inconditionnelle.
Alors oui, accompagner / coacher / former / manager des professionnels de la génération Z demande d'accepter que les règles ont changé, que le contrôle laisse place à la confiance, que le statut peut s'effacer devant la compétence.
C'est déstabilisant pour les organisations, mais c'est aussi une formidable opportunité de réinventer le travail, de le rendre plus humain, plus vivant, plus aligné avec ce que nous sommes vraiment, au-delà des organigrammes et des fiches de poste.
Peut-être que cette génération a des choses à nous apprendre pour éviter les burnouts, le manque de sens quand on se fait licencier ou qu'on arrive à la pension ?
Et vous ? Vous faites partie de quelle génération ? Votre travail vous épanouit-il vraiment ? Ou survivez-vous dans un modèle qui ne vous correspond plus ? Parlons-en. Prenez rendez-vous.
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